Il arrive souvent qu'une action produise l'effet inverse de ce que nous espérions. Il en va pour beaucoup de sujets, la politique n'y coupe pas.
En message de bienvenue je présente l'extrême-gauche française comme "l'alliée majeure du mondialisme et du grand capital". J'imagine que chez certains cette opinion fera sursauter. Je place de manière assez simple à l'extrême-gauche tous les partis à la gauche du PS, y compris les Verts et le PC car malgré le fait indéniable qu'ils n'hésitent pas à participer à des gouvernements, ces partis sont à considérer comme étant d'extrême-gauche. L'échiquier politique français voit se présenter 6 candidats "gauchistes": Olivier Besancenot (LCR), José Bové (Altermondialiste), Marie-Georges Buffet (PCF), Arlette Laguiller (LO), Dominique Voynet (Verts) et Gérard Schivardi (PT).
Les raisons d'un tel nombre:
Autant de partis qui semblent avoir des positions similaires sur l'écologie, l'emploi, l'immigration, l'Europe, la famille, etc... auraient pu former une alliance en vue de réaliser 12% des voix, score tout à fait honorable, proche du score du seul PCF en 1988 (15% environ) et réaliste quand à la situation de leurs idées dans l'opinion des français. Mais surtout, un tel score permettrait de se voir rembourser les frais de campagne et de dynamiser leur combat politique, à l'heure où le PCF est proche de la banqueroute.
Mais la division est de mise. Une raison simple explique ce phénomène qui parait généralement curieux: la doctrine. On pourrait même parler de dogmatisme. Le PCF et les Verts sont favorables à une participation à un hypothétique gouvernement PS alors que les autres s'y refusent, Gerard Schivardi et son soutien du PT (Parti des Travailleurs) sont favorables à un désengagement total de l'Union Européenne, la LCR est un parti qui a du succès chez les jeunes et les fonctionnaires alors que LO est plutôt tournée vers le monde ouvrier. Quand à José Bové, c'est un candidat essentiellement orienté vers le monde agricole, tant au Larzac qu'en Amérique du Sud... On remarque donc que chaque parti à des "spécificités" qui rentrent en conflit avec celles du voisin plutôt que de s'additionner. Le dogmatisme a clairement sa place là-dedans puisque le refus d'entrer dans un gouvernement ou la volonté de créer une avant-garde révolutionnaire est toujours une réalité tant chez LO qu'à la LCR. Le PCF ne se fait plus d'illusion, il ne sera bientôt plus qu'un sujet de Master pour les étudiants d'histoire contemporaine et de science politique.
Autre raison majeure, l'impossibilité pour un parti de s'effacer au profit d'un autre. Le PCF est un parti historique qui a toute sa place dans une élection, la LCR et LO existent depuis plusieurs décennies, les Verts sont solidement ancrés de le paysage de la "gauche écologique", bref aucun ne peut se résoudre à laisser passé une telle échéance, mais surtout, une telle chance de pouvoir s'exprimer et diffuser ces idées...
Les répercussions:
La première répercussion de la présence de ces 6 candidats est d'abord au niveau du discours. Avec le systéme du temps de parole proportionnel, ces candidats représentent 50% du temps consacré aux présidentielles. La moitié du temps sera consacrée à leurs grands thèmes "logements sociaux", "mariage homosexuel", "régularisation des sans-papiers", "taxation des pollueurs", "taxation des patrons", etc... 50% du temps de parole pour des partis qui représentent théoriquement 12%; c'est quand même assez bien joué malgré tout de leur part (peut-être inconsciemment d'ailleurs), car de leur division naît une plus large diffusion de leurs idées, qui l'eut cru...
La deuxième répercussion est au niveau de la structure du vote et des stratégies de campagne des "grands" candidats. Le PS est coincé entre l'extrême-gauche qui utilise 50% du temps de parole et Bayrou qui est devenue la nouvelle mascotte des médias, Sarkozy est coincé entre son "aile gauche" qui comprend les chiraquiens qui lorgnent sur François Bayrou et son "aile droite" proche du MPF et encline à une alliance avec le FN, sachant que ce dernier est tout de même un concurrent de poids puisque un score proche de 20% n'est pas à exclure. Ainsi notre couple gagnant Sarkoléne et Ségozille doit continuellement faire le va et viens entres des positions extrêmes et des positions modérées, voire franchement molles.
La troisième répercussion essentielle est dans la ligne des précédentes. Une telle proportion de gauchistes ne peut que renforcer la droite. Lorsqu'une mini-émeute s'est déclenchée à la gare du nord, l'extrême-gauche a sorti son plaidoyer habituel sur les "victimes", les "vilains policiers", etc... Sarkozy s'est empressé de mettre Ségolène Royal dans le paquet de ceux qui "défendent les voyous" alors que celle-ci n'avait rien dit. De même les électeurs allergiques aux positions libertaires des partis d'extrême-gauche peuvent se sentir agacé par la surabondance de leur discours et vouloir voter à droite de manière à ne pas risquer la marée rouge... En réalité, l'extrême-gauche affaiblie considérablement le PS et favorise de fait son principal adversaire, l'UMP. D'une certaine manière, les "gauchistes" ont beau passer le plus clair de leur temps à beugler contre la droite, leur action ne fait que la servir. En 2002, l'éclatement de la gauche nous a donné un second tour droite/extrême droite et cette année on pourrait pourquoi pas reconnaître le même scénario ou du moins centre-droit/droite. Au fond ce n'est pas plus mal, mieux vaut une vraie droite qu'une fausse gauche.
Les "gauchistes", bourgeois ennemis du peuple:
Ce que je démontre en fait aujourd'hui sera surement développé selon plusieurs thèmes ultérieurement. Je souhaiterais simplement ici attirer votre attention sur un phénomène que peu de gens connaissent. L'extrême-gauche actuelle n'a rien à voir avec l'extrême-gauche et la gauche historique et originelle, il s'agit en fait de deux courants, un courant soixante-huitard et un courant trotskiste plus ancien.
Aux origines, il y'avait le parti communiste, aligné sur Moscou, donc stalinien, parti révolutionnaire, très structuré et conservateur aux niveaux des moeurs. Les trotskistes et en particulier la LCR voulaient détruire le PCF puisque celui-ci étant stalinien il était de fait anti-trotskiste. Pendant 30 ans le premier parti populaire de France fut diminué par des groupuscules trotskistes. En parallèle et avec Mai 68 sont apparus divers courants gauchistes, issus de la bourgeoisie, parisienne en particulier. Importante dans le milieu des sciences humaines (lettres, philosophie, histoire, etc...) ce mouvement donnera l'essentiel de l'élite politique de gauche des années 1980 à 2000 à commencer par Daniel Cohn-Bendit, mais pas seulement, puisque beaucoup d'enseignants, de journalistes, de fonctionnaires, etc... seront issus de cette génération ou du moins des idées libertaires qu'elle défend. Le PCF était quand à lui très sceptique sur ce mouvement qui était considéré à juste titre comme "bourgeois" et remettait par exemple en cause la place du père dans la cellule familiale (alors que le père dans la famille ouvrière revêtait un certain statut). Bourgeois 1- 0 Peuple
La génération de Mai 68 va massivement embourgeoiser le PS (qui l'était déjà énormément) créant une défection encore plus grande des électeurs ouvriers. Le double septennat de François Mitterand va donc achever ce qu'il restait de la gauche de combat. Bourgeois 2-0 Peuple
Mais, comme si cela n'était pas suffisant, la défection du vote ouvrier cumulée aux stratégies politiques douteuses de François Mitterand va propulser l'extrême-droite sur le devant de la scène, alors qu'elle était presque inexistante. Le FN malgré ces positions libérales économiquement va capter une grande partie du vote populaire. Ainsi fut relancé à la charnière du XXIème siècle, le vieux nationalisme qu'on pensait loin. Bourgeois 3 - 0 Peuple
Voila comment en l'espace de 40 ans, les "bourgeois de gauche" ont réussi à détruire le combat ouvrier, mettre la droite libérale au pouvoir et réveiller le vieux nationalisme.
Chapeau les gars...
jeudi 5 avril 2007
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2 commentaires:
On peut rajouter aussi que la Droite nationale a réalisé une "Socialisation" de son discours ce qui n'était pas le cas avant et malgré le fait qu'elle rejette le "Socialisme" (comprendre: Parti Socialiste contemporain)
Bonjour Stan et merci de votre commentaire.
La droite nationale a en effet socialisé son discours. Par exemple en s'opposant au mondialisme capitaliste, à l'Europe bruxelloise, etc... Pourtant, il ne faut pas perdre de vue que Le Pen c'est toujours dit "économiquement de droite" ou "Reagan français". Le nationalisme traditionnel place l'état français en concurrence avec d'autres états à l'heure où nous aurions besoin d'une nation européenne qui abolisse les clivages artificiels au sein de l'Europe. La concurrence économique entre européens a détruit l'Europe: colonisation, guerres, etc... et je crains que la résurgence de ces vieux nationalismes ne fassent qu'affaiblir encore plus l'Europe.
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